lundi 18 janvier 2016

L’opposition de Christiane Taubira à la prochaine loi sur la déchéance de nationalité suscite beaucoup de commentaires. En effet elle doit avaler couleuvre sur couleuvre pour rester ministre.
Pour preuve, Taubira a signé, conjointement avec Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, une tribune dans le journal Le Monde, vantant la prochaine loi répressive « main dans la main contre le terrorisme ». Tous deux préconisent l’irresponsabilité pénale pour les policiers et gendarmes qui utiliseraient leur arme dans des situations extrêmes, et l’élargissement des possibilités de fouilles et de perquisitions. Cette loi se traduirait par un renforcement des pouvoirs de la police et des procureurs, au détriment des juges d’instruction.
Autrement dit, l’actuelle ministre de la Justice approuve une loi sécuritaire de plus. Par contre, sur la déchéance de la nationalité, les dires de ­Christiane Taubira n’ont pas trop varié.
Elle s’y est opposée par exemple en juillet 2010, lorsque Sarkozy, alors au pouvoir, annonçait à Grenoble, dans un discours sécuritaire et anti-immigrés, qu’il allait retirer la nationalité française aux personnes d’origine étrangère qui seraient meurtriers de policiers ou de dépositaires de l’autorité publique.
À l’époque, toute la gauche s’était indignée de cette proposition. Un appel publié à l’initiative de Libération et de SOS Racisme proclamait justement : « Sous le faux prétexte d’assurer la sécurité des Français, le pouvoir tend en fait à imposer une idée aussi simple que malhonnête : les problèmes de notre société seraient le fait des étrangers et des Français d’origine étrangère. » Les signataires ajoutaient : « Pour la première fois au plus haut niveau de l’État, il aura été publiquement affirmé qu’il existe des «Français de souche» et des «Français de papiers», comme le clame le Front national depuis sa création et au risque de crédibiliser ce dernier. »
Outre Christiane Taubira, cet appel fut signé par plusieurs dizaines de personnalités, parmi lesquelles François Hollande et Manuel Valls.
Quelques jours plus tard, ce dernier enfonçait encore un peu plus la proposition de Sarkozy, qualifiant ce débat autour de la déchéance de nationalité de caricatural, soulignant que les lois existantes suffisaient et ajoutant : « On rentre dans un débat nauséabond et absurde. »

Aujourd’hui, le président de la République et le Premier ministre disent le contraire de ce qu’ils proclamaient, la main sur le cœur, en 2010. De belles paroles dans l’opposition, des lois pourries une fois au pouvoir. Tout un symbole

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire