mardi 16 février 2016

Flexi-insécurité à tous les étages

Par Patrick Apel-Muller
Mardi, 16 Février, 2016
L'Humanité
L'éditorial de Patrick Apel-Muller. L’Humanité met à la disposition des citoyens le texte du rapport Badinter qui doit orienter une réforme du Code du travail qui s’apparente à une démolition des droits. 
Le diable est dans les détails et sous les mots le venin. L’Humanité met à la disposition des citoyens le texte du rapport Badinter qui doit orienter une réforme du Code du travail qui s’apparente à une démolition des droits. En affaiblissant les syndicats majoritaires par sa proposition de référendums d’entreprise qui exposeront les travailleurs à tous les chantages du patronat, le gouvernement s’en prend à ces « corps intermédiaires » que vouait aux gémonies Nicolas Sarkozy. Le travail serait complété par le concassage des instances représentatives. En faisant prévaloir sur la loi les accords d’entreprise, il prive les salariés d’un bouclier, comme il entend leur refuser les indemnités de chômage à la hauteur des préjudices subis ou encore de l’assurance d’une durée « légale » du travail réduite à une durée « normale », c’est-à-dire « conforme au bon fonctionnement de l’entreprise » tel que le jugent ses actionnaires. Après le socialisme, c’est donc la social-démocratie à l’allemande, puis le social que ce gouvernement a abandonnés en trois ans ; reste un libéralisme toujours plus échevelé.
Complexe et indigeste le Code du travail ? Sans doute. Au même titre que celui du commerce ou la législation du droit d’auteur, eux aussi faits d’exceptions et de jurisprudences. Mais la simplification envisagée vise à réduire les droits à leur plus simple expression et, en instaurant la flexi-insécurité pour les salariés, à rétablir une pleine puissance patronale. C’est la dissuasion du fort au faible, un territoire qu’on arrache un peu plus à l’autorité de la République pour tenter de le muer en port franc du capital. Si le gouvernement s’échine à lessiver les mots, c’est qu’il voudrait, sans accroc, nettoyer les consciences des velléités revendicatives et de la conscience de l’affrontement – sourd trop souvent – qui met aux prises le patronat et les salariés. Jugez sur pièces.

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