vendredi 20 novembre 2015

LA DROITE SE DÉCHAÎNE CONTRE LA CGT - LE QUOTIDIEN L’OPINION TITRE "LE JEU AMBIGU DE LA CGT" - LISEZ CET ARTICLE POUR SAVOIR DE QUOI SERA FAITE LEUR CAMPAGNE HAINEUSE...

vendredi 20 novembre 2015
L’OPNION

Islam : le jeu ambigu de la CGT

La recherche de voix à tout prix, combinée à l’absence de stratégie claire de Philippe Martinez, conduisent le premier syndicat de France à fermer les yeux sur des dérives identitaires dans ses rangs
Manuel Valls recevra vendredi les partenaires sociaux pour échanger avec eux sur les attentats et la mise en oeuvre de l’état d’urgence. Publiée mardi, la déclaration du comité confédéral national de la CGT prend la forme d’un véritable acte géopolitique. La CGT y condamne les attentats mais fustige la stratégie d’intensification des frappes de François Hollande contre l’État islamique et le recours à l’état d’urgence.
On pouvait s’attendre à ce que Philippe Martinez s’oppose au gouvernement. Mais au vu des évenements terroristes, on n’imaginait pas qu’il le fasse avec cette virulence.
Dans un texte de trois pages, la CGT s’oppose « à une restriction des libertés individuelles et collectives », estime que « ce n’est pas une quelconque modification de la Constitution qui permettra de tarir les sources de financement et d’armement des terroristes », et « exige l’arrêt de tout commerce d’armes avec les Etats qui entretiennent des liens avec les terroristes ». Insistant sur le fait que « pas plus il n’y a de trêve dans le monde du travail, il n’y aura de trêve dans l’action syndicale », la CGT appelle à une journée d’action nationale le 2 décembre.
Mardi déjà, le syndicat avait maintenu – avec Sud et FO – sa grève des bus, prévue avant les attentats, afin d’obtenir plus d’embauches. Mais cette fois, il sort du champ social. Surtout, ce texte souligne combien le vieux courant communiste mais aussi gauchiste a gagné du terrain avec l’arrivée de Philippe Martinez. Dans sa garde rapprochée, le successeur de Thierry Lepaon compte plusieurs adhérents du PCF ou du Front de gauche.
Alliance improbable. Mais, à en croire certains en interne, la CGT « est aujourd’hui l’alliance improbable du rouge et du vert ». « Entre le courant gauchiste et ceux qui trouvent que l’islamophobie est trop forte, qu’il faut soutenir la Palestine et boycotter Israël, des passerelles existent ; en tout cas, un terrain d’entente évident », assure un membre de la confédération.

Dans les faits, cela se traduit par à une forme de complaisance envers l’islamisme. Plus grave, cela conduit à poser des oeillières sur les formes d’expression les plus radicales de la religion. Et à en croire des témoignages, la situation s’est dégradée très vite ces derniers mois. « Les successions difficiles du sommet ont donné un espace à cette fraction islamophile, assure un bon connaisseur du syndicat. Et comme Philippe Martinez a besoin de voix pour se faire réélire en avril, il laisse faire ».
Pour un autre expert des relations sociales, qui préfère aussi rester anonyme, toutes les centrales sont traversées par une montée des communautarismes. Mais, à la CGT, le terreau est particulièrement propice : « Dans ce bateau ivre, il y a des failles, dans lequel l’islam radical s’est engouffré de façon plus ou moins insidieuse ».
Au début, il s’agit d’une tolérance - dans une organisation qui prône l’égalité femmes-hommes - envers des militants qui refusent de serrer les mains des femmes. Puis c’est l’acceptation - dans un syndicat qui revendique la laïcité - de pratiques religieuses sur le lieu de travail… Avec la passivité des directions, démunies. A la RATP, on a beau insister sur le caractère exceptionnel de ces comportements, cantonnés à très peu d’agents, et sur l’arsenal de mesures prises en cas de dérapages, on préfère taire le nombre de sanctions prises.
« La craine de blesser les musulmans ». Surtout, ces derives sont d’autant plus difficiles à sanctionner que le salarié est adhérent d’un syndicat puissant. A la CGT, la fédération des transports est un navire amiral. « Et Martinez n’a pas les moyens de dire stop aux dérives », commente une source. Même constat dans la fédération du commerce, dont le nombre d’adhérents ne cesse de progresser, ou celle du nettoyage, où le communautarisme est très fort. « Lepaon avait demandé à une de ces grosses fédés de stopper la promotion du spectacle de Dieudonné. On lui a ri au nez », rapporte un cadre de l’organisation. « Le sujet n’est pas facile », reconnaît Maurad Rahbi, seul à accepter de parler.
De religion musulmane, le secrétaire général de la fédération du textille, de l’habillement et du cuir tient à se battre contre les amalgames. Il évoque une anecdote : « Des jeunes d’une section sont venus me dire qu’ils ne voulaient pas de porc, ni de vin, sur les tables, dans les congrès ou les réunions. Je leur ai dit que je n’allais pas faire des tables à part en fonction des confessions. Des repas de substitution ont aussi été proposés aux personnes de confessions juive ou aux végétariens. Mais on en a parlé et les jeunes n’ont pas quitté le syndicat ».
Il y a d’autres cas où on a plutôt laissé faire, au nom « de cette crainte de blesser les musulmans qui pétrifie », rapporte une ex-cégétiste. Surtout, dans un contexte où les centrales courent après les voix. Pour Jean-Paul Delgène, qui dirige Technologia, un cabinet d’audit en RH, « la loi de 2008 sur la représentativité syndicale favorise la recherche de candidats pour créer des sections. Du coup, elles ne sont pas toujours regardantes sur les profils ». Et d’espérer que les événements récents vont modifier la tolérance que les centrales ont pu avoir.
Les plus pessimistes craignent qu’ici ou là, ce ne soit pas uniquement des voix que les centrales acceptent mais aussi de l’argent. « Il ne faudrait pas qu’un doute s’installe sur le financement des syndicats », lâche ce connaisseur de la centrale, inquiet.

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