jeudi 24 septembre 2015

« La Bourse du travail, c’est le dernier rempart pour les salariés »

jeudi 24 septembre 2015

Par Amandine Cailhol Libération
A Bobigny, en Seine-Saint-Denis, comme dans plusieurs villes de France, les syndicats s’inquiètent de l’avenir de la Bourse du travail, aujourd’hui en cessation de paiement.
« Pas de conquêtes sociales sans libertés syndicales. » C’est le mot d’ordre de la journée nationale pour le respect de la liberté syndicale, organisée mercredi par la CGT. Une liberté « fondamentale, consacrée par différentes constitutions ou traités », mais de plus en plus contrainte, selon le syndicat. La faute à la répression syndicale, « un des moyens patronaux pour freiner le développement du syndicalisme », mais aussi aux menaces qui pèsent sur les Bourses du travail.
Financés par les municipalités, même si elles n’ont pas obligation de le faire, ces lieux historiques de présence syndicale regroupent les locaux et permanences des syndicats d’une commune. « Or, dans plusieurs villes françaises, la logique de réduction des dépenses publiques pousse à la remise en cause de leur existence. On cherche à nous déloger », confiait la semaine dernière à Libération Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT.
Qu’il s’agisse de baisse de subventions ou de remise en cause de baux, plusieurs mairies s’attaquent aux Bourses du travail, sur fond d’alternance politique. Exemple à Bobigny, en Seine-Saint-Denis, où la mairie de centre droit a décidé, du jour au lendemain, de réduire drastiquement son aide à la Bourse locale de cette ancienne ville communiste.

« On ne paye plus les factures »

« Nous avions signé une convention en 2006 avec la mairie, et nous n’avions pas eu, jusqu’alors, de problème, y compris en 2014 à l’arrivée de la nouvelle municipalité. Cette convention prévoyait le versement d’une subvention annuelle de 54 418 euros. Mais en 2015, sans que l’on soit avertis, notre subvention municipale a été réduite de près de 70%. Or, cette enveloppe est notre seule source de financement. La mairie ne nous a pas expulsés, mais elle a créé les conditions pour que l’on soit obligés de partir. Là, nous sommes en cessation de paiement. On ne paye plus les factures, et bientôt EDF va nous couper l’électricité », raconte Sylvain Goldstein, ex-régisseur de la Bourse locale du travail qui, comme la femme de ménage du site, a été licencié le 14 septembre. Contacté par Libération, le maire de Bobigny n’a pas souhaité faire de commentaires.

Depuis plus de cinquante ans, la Bourse du travail de Bobigny permet pourtant « aux salariés, chômeurs, retraités de pouvoir trouver auprès des syndicats soutiens, conseils, interventions auprès des administrations et faire valoir leurs droits et leurs revendications », note l’intersyndicale (CGT, CFDT, FO, CFTC et CFE-CGC) qui se bat pour son maintien

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« En moyenne, je recevais entre 100 à 150 personnes par semaine. Mon rôle était d’orienter les usagers vers les bons services et de les aider dans leurs différentes démarches administratives sur des problématiques d’emploi, mais aussi de logement, de sécurité sociale… A Bobigny, nous avons une population avec des difficultés sociales importantes. Pour eux, la Bourse du travail, c’est le dernier rempart. Aujourd’hui, s’il n’y a plus personne pour aider les salariés en difficulté, comment vont-ils faire ? » poursuit Sylvain Goldstein.

« Rôle d’utilité publique »

Une inquiétude partagée par Philippe Martinez : « Si on commence à considérer que le syndicalisme est un coût, il faut en mesurer les conséquences. Les salariés qui viennent nous voir, ce sont autant de personnes qui ne vont pas dans les services juridiques des mairies ou des services sociaux. Le syndicalisme a un rôle d’utilité publique. »
Les syndicalistes de Bobigny espèrent encore qu’une solution sera trouvée. Outre la pétition en ligne, une mobilisation est prévue le 30 septembre sur le parvis de la mairie. Mais, ils le savent, l’avenir des Bourses du travail reste incertain. « Depuis quelques mois, ce sont plus d’une trentaine de Bourses qui ont été menacées, explique l’ancien régisseur, également membre de la CGT. Début 2015, celle du Blanc-Mesnil [Seine-Saint-Denis] a fermé, suite à la décision du nouveau maire de droite de récupérer les locaux. »
Mais les velléités des maires se heurtent parfois à la résistance des syndicats. Exemple à Toulouse, où l’édile LR, Jean-Luc Moudenc, a sommé les organisations syndicales de quitter les locaux abritant la bourse du travail avant le 30 juin. Avant d’être contraint à faire marche arrière face à la vague de contestation.

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